Affaire Fillon

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L'affaire Fillon, aussi connue sous le nom d'affaire Penelope Fillon, ou encore Penelopegate, est une affaire politique et judiciaire survenue pendant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 et portant initialement sur des soupçons d'emplois fictifs concernant Penelope Fillon, épouse de François Fillon. Étant advenue à un moment où François Fillon, candidat de la droite et du centre, est en position de favori, elle a un énorme retentissement et provoque pendant plusieurs semaines la remise en cause de sa candidature par certains membres de son parti politique. Il refuse de se désister et maintient sa candidature malgré sa mise en examen. Il est défait au premier tour de l'élection présidentielle, le .

L'affaire débute par un article du Canard enchaîné le qui affirme que Penelope Fillon, épouse de François Fillon, a été rémunérée 500 000 euros brut pour des emplois d'attachée parlementaire auprès de son mari et son suppléant Marc Joulaud entre 1998 et 2007 et en 2012. Il affirme aussi qu'elle a eu, en 2012-2013, un emploi de conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes payé 100 000 euros brut. L'absence de traces convaincantes du travail de Penelope Fillon et sa distance avec la vie politique de son mari conduisent le journal à soupçonner que ces emplois seraient fictifs. Le jour même, le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits. Dès le , François Fillon conteste le caractère fictif de ces emplois dans un entretien au journal télévisé.

Le , Le Canard enchaîné publie un article qui, en incluant les années 1988-1990 et 2013, revoit à la hausse le total des salaires de Penelope Fillon en tant qu'assistante parlementaire pour un montant de 813 440 euros brut. L'hebdomadaire mentionne aussi une nouvelle somme de 84 000 euros brut, versée à deux des enfants du couple, Charles et Marie Fillon, entre 2005 et 2007 comme assistants parlementaires quand leur père était sénateur.

Le , François Fillon annonce, en contradiction avec une de ses précédentes déclarations publiques, qu'il maintiendra sa candidature à la présidentielle même s'il est mis en examen. Il dénonce « un coup d’État institutionnel » porté contre lui par la gauche et ses avocats remettent en cause les fondements de la procédure et la compétence du parquet national financier pour traiter cette affaire. Il est mis en examen le pour « détournements de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ». L'enquête s'étend le aux costumes de luxe offerts à François Fillon depuis 2012 totalisant une valeur de plusieurs dizaines de milliers d'euros, avec un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d'influence », ainsi qu'à des accusations de « faux, usage de faux » et « escroquerie aggravée » concernant des documents saisis lors d'une perquisition.

Cette affaire a contribué à l’avènement des lois pour la confiance dans la vie politique, adoptées en août 2017, qui interdisent notamment aux parlementaires d’employer des membres de leur famille directe (conjoint, parents, enfants, beaux-parents et beaux-enfants).

Éléments de l'affaire

Soupçons d'emplois fictifs dans la famille Fillon

Penelope Fillon en 2007.

L'affaire Penelope Fillon ou affaire Fillon, parfois surnommée « Penelopegate », est une affaire politique et judiciaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs concernant des membres de la famille de François Fillon. Cette affaire débute fin durant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 à un moment où François Fillon, candidat de la droite et du centre, est en position de favori pour cette élection[1].

Début de l'affaire : l'article du Canard enchaîné du 25 janvier 2017

L'affaire commence avec l'article du Canard enchaîné du — annoncé dès le — qui affirme que Penelope Fillon aurait été rémunérée environ 500 000 euros bruts pour un emploi d'assistante parlementaire de son mari, de 1998 à 2002 et en 2012, et de son suppléant, Marc Joulaud, de 2002 à 2007[2]. Le journal écrit aussi qu’entre et , Mme Fillon aurait perçu 100 000 euros comme conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes[2]. Dans son article, Le Canard enchaîné déclare avoir interrogé une assistante de Marc Joulaud, Jeanne Robinson-Behre, celle-ci a répondu à propos de Penelope Fillon : « Je n'ai jamais travaillé avec elle, je n'ai pas d'info à ce sujet. Je ne la connaissais que comme femme de ministre. »[2]. Il a aussi questionné le directeur de la Revue des deux Mondes de l'époque, Michel Crépu, qui a répondu que Penelope Fillon a bien « signé deux ou peut-être trois notes de lecture » mais qu'il n'a jamais eu « la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire. »[2].

Dès le , la presse, s'appuyant sur les déclarations du Canard enchaîné, évoque un soupçon d'emploi fictif de Penelope Fillon comme assistante parlementaire[3],[4]. Le jour même, l'entourage de François Fillon affirme à quelques journalistes qu'elle « a été la collaboratrice de François Fillon. C’est fréquent que les conjoints soient [le] collaborateur, à gauche comme à droite. Elle a toujours travaillé dans l’ombre, ce n’est pas son style de se mettre en avant »[4]. Dans l'article du Canard enchaîné, Christine Kelly, auteur d'une biographie sur François Fillon, exprime ses doutes sur l'emploi de Penelope Fillon : « Je n'ai jamais entendu dire que Mme Fillon travaillait. Personne ne m'a jamais parlé de ça. [...] Pour moi, c'était vraiment la femme au foyer qui s'occupait de ses enfants. »[2]

Le , jour de la parution du Canard enchaîné, le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits[5]. Bernard Accoyer monte en première ligne pour défendre François Fillon et Penelope Fillon, à la suite de l'ouverture de cette enquête préliminaire[6],[7]. Concernant les doutes sur l'emploi fictif de Penelope Fillon, il déclare l'avoir vue participer aux travaux de François Fillon « dans de multiples circonstances, y compris à l'Assemblée nationale »[8]. Pour le Lab d'Europe 1, cet argumentaire est en contradiction avec celui repris par les porte-paroles de François Fillon, Bruno Retailleau et Florence Portelli, qui pour leur part ont déclaré que Penelope Fillon travaillait comme collaboratrice parlementaire dans la Sarthe et que sa présence à Paris était rare[9].

L'affaire prend de l'ampleur : révision à la hausse des sommes versées

Le , Le Canard enchaîné publie un nouvel article chiffrant à 831 440 euros brut la somme perçue par Penelope Fillon comme assistante parlementaire, contrairement aux 500 000 estimés une semaine avant[10]. Le journal a découvert des emplois d'assistante parlementaire en plus entre 1988 et 1990 et en 2013, et a pris en compte dans son calcul les années de salaires 1998-2000 dont il ne connaissait pas le montant la semaine précédente[10]. En résumé, Penelope Fillon aurait été employée comme assistante parlementaire durant les trois périodes 1988-1990, 1998-2007 et 2012-2013[2],[10]. Une autre révélation porte sur des salaires versés à deux des enfants Fillon employés successivement comme collaborateurs parlementaires par le sénateur Fillon entre 2005 et 2007[10]. Les sommes cumulées versées à la femme et aux enfants de François Fillon en tant que collaborateurs parlementaires atteindraient environ 900 000 euros brut et apparaissent relativement généreuses par rapport à l’enveloppe dont disposent les parlementaires[11],[12].

En réponse, François Fillon dénonce le jour même « un coup d’État institutionnel » qui est porté contre lui par la gauche[13] (thèse dont l'argumentation sera développée le 19 février 2017 dans une tribune sur le site Atlantico[14]).

Le , pour contrer la montée de l'indignation que reflètent et alimentent les médias[15], François Fillon publie sur son site de campagne un tableau présentant les dates et les salaires perçus pour chacun des contrats de collaboratrice parlementaire de son épouse entre 1986 et 2013. Les salaires de Penelope Fillon sont présentés en nets, soit une moyenne sur quinze ans d'activité de 3 677 euros nets mensuels, avec une pointe de rémunération à 6 009  nets mensuels lorsqu'elle était employée par Marc Joulaud, pour un total de 680 380  nets[16],[17]. François Fillon déclare que Penelope Fillon a donc travaillé quinze ans comme collaboratrice parlementaire, qu'elle n’a jamais été sa subordonnée, mais « qu'elle a toujours été, d’abord et avant tout, (s)a compagne de travail, (s)a collaboratrice »[16]. C'est la première fois qu'apparait un salaire de Penelope Fillon dès 1986. Auparavant avaient été évoquées les années 1997 puis 1988[18].

Mediapart annonce le 10 avril 2017 que Penelope Fillon aurait été rémunérée par l'Assemblée nationale dès 1982, au titre de chargée de mission[19]. Puis, le mercredi 12 avril, Le Canard enchaîné révèle que Penelope Fillon aurait commencé à travailler dès 1980, alors qu'elle n'était encore que la fiancée de François Fillon. Elle aurait été embauchée le 1er avril 1980 comme « personnel non titulaire de l’État » pour un ministère « inconnu » quand François Fillon était chef de cabinet adjoint du ministre de la Défense de Valéry Giscard d'Estaing, Joël Le Theule. Elle aurait été payée 6 000 francs brut par mois pendant plus d'un an jusqu'à l'arrivée de François Mitterrand à la présidence en mai 1981[20],[21]. L'entourage de François Fillon apporte aussitôt un démenti formel à cette allégation assurant que Penelope Clarke était alors étudiante à la Sorbonne[22].

Penelope Fillon, assistante parlementaire

Penelope Fillon, collaboratrice de François Fillon

Le , sur TF1, François Fillon répond « oui absolument » à la question de Gilles Bouleau pour savoir si Penelope Fillon a accompli « un travail à temps complet d'assistante parlementaire ». Il indique que sa femme travaillait avec lui depuis toujours : « Depuis 1981, depuis ma première élection, elle m'a toujours accompagné dans ma vie publique ». Il précise : « [ma femme] a corrigé mes discours, [...] reçu d'innombrables personnes qui voulaient me voir et que je ne pouvais pas voir, [...] représenté dans des manifestations et des associations [et fait] la synthèse de la presse ». François Fillon ajoute que sa femme lui « faisait remonter les demandes des gens, les évolutions de notre société ». Elle l'a fait, dit-il, « bénévolement pendant des années » mais : « en 1997 j'ai un collaborateur parlementaire qui est parti, je l'ai remplacé par Penelope »[23]. Il explique qu'il a mis fin à la collaboration avec sa femme en 2013, ayant « compris qu'au fond l'opinion publique avait évolué sur ces sujets-là ». Cependant, la presse relève qu'en avril 2013, il s'opposait à un projet de loi sur la transparence de la vie publique initié par le gouvernement après l'affaire Cahuzac, qui prévoyait, entre autres mesures, d'obliger les parlementaires à publier le nom de leurs collaborateurs[24]. François Fillon annonce dans cet entretien qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'empêcherait d'être candidat, c'est si son honneur était atteint, s'il était mis en examen[25],[26]. L'Obs relève plusieurs incohérences dans la défense de François Fillon[27].

Le , pour répondre aux soupçons d’emplois fictifs de sa famille lancés par le Canard enchaîné[2],[10], François Fillon tient une conférence de presse à son siège de campagne dans laquelle il réaffirme que, avec un emploi qui n'était nullement fictif, il est honnête parce qu'il a respecté les lois. Estimant qu'en « travaillant avec [sa] femme et [ses] enfants », il avait privilégié une « collaboration de confiance qui aujourd'hui suscite la défiance », il « présente [ses] excuses aux Français » mais maintient sa candidature[28]. Il déclare de plus que le parquet national financier n'était « peut-être pas la "bonne instance" pour conduire ces investigations », et annonce la publication imminente, sur son site Internet[16], de son patrimoine ainsi que des sommes perçues année par année par sa femme en tant que collaboratrice parlementaire[29].

Le , Penelope Fillon s'exprime longuement dans une interview donnée au Journal du dimanche[30],[31]. Elle y assure avoir effectué « des tâches très variées », notamment traiter le courrier, préparer des notes et des fiches pour son mari, relire ses discours et le représenter durant des manifestations. Elle déclare notamment : « J'ai fait donner par mon avocat aux enquêteurs... des échanges de mails avec les autres collaborateurs de mon mari [...] Bien sûr que je comprenais ce que je signais quand je signais des contrats » ; « Je ne considérais pas que je faisais de la politique. Je travaillais pour mon mari et pour les Sarthois » ; « J'ai toujours été associée à ses choix politiques, il a une confiance totale en moi, pour ma discrétion mais aussi pour ma loyauté »[30],[31]. Dans un entretien au Journal du dimanche, elle affirme son soutien à François Fillon : « Moi, je lui ai dit qu’il fallait continuer jusqu’au bout. [...] C'est lui qui décidera »[30],[31].

Penelope Fillon, collaboratrice de Marc Joulaud

Marc Joulaud, député-maire de Sablé-sur-Sarthe, a remplacé en juillet 2002 à son siège de député François Fillon, nommé au gouvernement. Il a employé Penelope Fillon comme collaboratrice parlementaire. Jeanne Robinson-Behre, ancienne assistante parlementaire de Joulaud, répondant à une question du Canard Enchaîné, indique qu'elle n'a « jamais travaillé avec elle », et « ne la connaissait que comme femme de ministre ». Elle est auditionnée par les enquêteurs le 1er février à Angers[32],[33].

Le , Le Monde affirme avoir bénéficié de confidences des enquêteurs[34]. Penelope Fillon aurait dit, à propos de Joulaud, qu'« il avait besoin [d'elle] pour asseoir son autorité », qu'elle le rencontrait « une fois par semaine à Paris, et une autre fois le week-end, dans la Sarthe », que « parfois, elle lui remettait "des notes" », et que « les gens ne savaient pas [qu’elle était] l’assistante parlementaire de M. Joulaud ». Elle aurait aussi déclaré aux policiers : « Jamais je n’ai officialisé ma qualité d’assistante parlementaire de Marc Joulaud, pas plus que quand je faisais le même travail pour mon mari ».

À l’été 2002, Penelope Fillon aurait touché, selon Le Monde qui se réfère au Canard enchaîné, un double salaire : un pour son travail d’assistante de François Fillon (fin de contrat « le 21 août 2002 »), un autre auprès de son suppléant, Marc Joulaud (début de contrat « le 13 juillet 2002 »)[35]. Dans un communiqué, François Fillon indique que la somme qui aurait été payée à son épouse en août 2002 l'a été en juin 2002, ce à quoi le rédacteur en chef du Canard enchaîné, ne contestant pas la correction de date, déclare « Quant à la date, même s'il y avait une imprécision, qu'est-ce que ça change ? »[36].

Le , Marc Joulaud annonce qu'il va être convoqué en vue d'une mise en examen[37].

Doutes sur la réalité des emplois d'assistante parlementaire de Penelope Fillon

En octobre 2016, Penelope Fillon, après avoir tenu à Dijon « une réunion publique » pour « expliquer qui est vraiment François Fillon », et s'étant mise en avant pour faire la promotion du mouvement Les Femmes avec Fillon, dit au quotidien Le Bien public : « Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais impliquée dans la vie politique de mon mari »[38],[39].

Le 30 janvier 2017, le couple Fillon est entendu par les enquêteurs du parquet national financier. À la suite de « fuites à charge » de nombreux éléments de l'enquête dans la presse[40], RTL affirme que Penelope Fillon ne peut apporter aucune preuve sur un « travail réel », ne pouvant apporter aucun mail ou agenda de cette période ni la preuve de contacts avec les attachés parlementaires parisiens[41]. Le 31 janvier, les enquêteurs sont à l'Assemblée nationale mais ne trouvent « aucune preuve matérielle de la réalité de son poste d'attachée parlementaire » [42]. Les enquêteurs constatent que Penelope Fillon n'a jamais eu de badge pour se déplacer dans l'Assemblée nationale, ni d'adresse électronique à son nom. Un contrat de travail a été trouvé, signé par Penelope Fillon. Elle ne se souvient pas d'avoir signé ou non des contrats de travail[43]. Les avocats de François Fillon invoquent « les contours flous en France des activités de collaborateur parlementaire ». L'Obs découvre des bulletins de salaires indiquant un poste à plein temps à la permanence du Mans entre 1998 et 2002, mais plusieurs militants précisent « n'avoir aucun souvenir de sa présence à la permanence du parti »[44].

Le 2 février 2017, l'avocat de Penelope Fillon, Maître Cornut-Gentille, est interrogé sur RTL à propos d'une révélation importante promise pour la soirée, dans l'émission Envoyé spécial, concernant l'interview de mai 2007. Il explique que, à l'époque de cette interview, la presse britannique cherchait des points communs entre Penelope Fillon et Cherie Blair, et que Penelope Fillon « a voulu précisément souligner et faire valoir qu'elle était le contraire de Cherie Blair »[45].

Le soir du , l'émission Envoyé spécial de France 2, qui présente une enquête sur Penelope Fillon annoncée « en grande pompe », est regardée par 5,4 millions de téléspectateurs, ce qui constitue un record d'audience[46]. Y sont présentés des extraits de l'interview de Penelope Fillon, épouse du nouveau premier ministre français, en mai 2007, par le Sunday Telegraph. Pour se défendre de l'accusation d'avoir réalisé une émission à charge, Envoyé spécial a rendu visible quelques jours, sur le site de France Info, l'intégralité de l'interview (puis l'a effacée, en se référant à un impératif de copyright)[47]. Penelope Fillon y décrit son quotidien comme celui d'une mère de famille très occupée par ses quatre premiers enfants nés en cinq ans (en vérité en huit ans) et sa passion pour l'élevage de chevaux, abandonné en 2002 quand elle vient vivre à Paris (alors qu'elle est supposée travailler, dans la Sarthe estiment certains, comme assistante parlementaire jusqu'en 2007). Dans un autre extrait de cette interview[48], elle déclare que, si elle a repris des cours en littérature anglaise, c'est notamment parce que « Mes enfants ne me voient que comme leur mère »[49]. À la question « Est-ce que vous vous êtes impliquée dans ses campagnes ou sa carrière politique » (de François Fillon), elle répond « j'en avais l'habitude, oui » (« I used to, yes »)[50]. Elle dit aussi « Je n'ai jamais été réellement son assistante » (« I never have been actually his assistant », souvent improprement tronqué en « je n'ai jamais été son assistante »)[51], et « Je ne m'occupe pas non plus de sa communication »[52].

Le 25 avril 2017, le cabinet du juge d'instruction Serge Tournaire fait parvenir un courrier simple à cinq hebdomadaires du groupe Publihebdos dans la Sarthe, l'Orne et l'Eure-et-Loir : L'Orne Hebdo (Alençon), Le Perche (Mortagne-au-Perche), Le Petit Courrier l'Écho de la Vallée du Loir (Château-du-Loir), L'Action républicaine (Nogent-le-Rotrou) et Les Nouvelles de Sablé (Sablé-sur-Sarthe). À l'intérieur une réquisition demande à ces journaux de fournir « tout article publié évoquant Mme Penelope Fillon et notamment tout article relatant sa participation à des événements locaux (inaugurations, cérémonies officielles, visites d’hôpitaux, de maisons de retraite, vernissages, concours divers, etc) publié entre 1998 et 2016 »[53]. Le 26 avril 2017, le groupe de presse Publihebdos fait savoir au juge Tournaire « qu’il tient à la disposition de la justice sa collection d’archives et rappelle qu’elles sont publiques dans le cadre du dépôt légal, disponible auprès de la BNF » et précise « être dans l’incapacité de fournir précisément les éventuels articles et ne pas avoir les moyens de mener ces recherches colossales qui portent sur des centaines de milliers de pages [dont la plupart ne sont pas numérisées] publiées dans plusieurs journaux durant cette période de dix-huit ans »[54].

Polémique sur les indemnités de licenciement de Penelope Fillon

Le , Le Canard enchaîné affirme que Penelope Fillon aurait perçu 45 000 euros d'indemnités de licenciement payées par l'Assemblée nationale (16 000 euros en août 2002, puis 29 000 euros en novembre 2013)[55],[56].

Ces indemnités portent sur deux périodes d'assistance parlementaire : la période 1998-2002 (pour 165 686 euros net de salaires) et celle se terminant en novembre 2013 (pour dix-sept mois de travail rémunérés 65 839 euros net).

Comme tout salarié, les assistants parlementaires ont droit aux indemnités de licenciement, mais, selon Le Canard enchaîné, « la législation ne prévoit pas un tel niveau (…) pour un collaborateur parlementaire ». Selon le code du travail, les indemnités minimums sont calculées en fonction du salaire de référence et de l’ancienneté du collaborateur parlementaire. Quand un assistant a entre un et dix ans d’ancienneté, son indemnité correspond à 1/5e de mois de salaire de référence par année d’ancienneté, autrement dit pour 5 ans d'ancienneté un assistant parlementaire devrait toucher 1 mois de salaire en indemnités[35].

Marie-Françoise Clergeau, questeur de l'Assemblée (PS) et, à ce titre, chargée de contrôler l'exécution du budget de l'Assemblée nationale, précise que les montants de 16 000 et 29 000 euros étaient exacts pour les fins de contrat de Penelope Fillon de 2002 et 2007 et s'inscrivent dans le cadre normal[57].

Le 7 février 2017, François Fillon livre le détail de ses calculs dans un communiqué dénonçant « les mensonges du Canard »[36]. Selon lui, « [les sommes] ont bien été prises en compte dans le calcul de son salaire moyen sur une période de quinze ans, soit 185 mois, qui s’élève bien à 3 677 euros net mensuels en moyenne. Par ailleurs, la somme reçue par Mme Penelope Fillon en novembre 2013 n’est pas de 29 000 euros, comme le prétend le Canard, mais de 7 754,02 euros, comprenant les congés payés. [Le Canard enchaîné] confond certainement avec une somme de 29 565,43 euros qui correspond au total du bulletin de paye du mois d’août 2007 au terme de cinq ans de collaboration avec Marc Joulaud. Quant à la somme de 16 000 euros dont le Canard enchaîné prétend qu’elle l’aurait reçue en août 2002, elle lui a en fait été payée en juin 2002, à l’issue de 51 mois de collaboration en tant que ma collaboratrice parlementaire et s’élève exactement à 16 616,93 euros »[35].

Le Canard du 15 février est d'accord avec ces chiffres, reconnaît s'être trompé sur les dates et admet que les indemnités sont légales au regard des salaires versés, mais les juge « pas parfaitement morales »[58]. Selon Bourse Direct, « Le président de l'Assemblée Claude Bartolone (PS) a rappelé que les "règles" concernant les indemnités des collaborateurs en fin de mandat sont celles "du droit du travail applicables à tous les salariés" », que leur montant « n’est pas fixé librement par les parlementaires », qu'il comprend « l’indemnité de préavis, l’indemnité compensatrice de congés payés et l’indemnité de licenciement », et que 'y ajoute depuis 2001 « une indemnité spécifique", de "précarité", pour "compenser le fait que le collaborateur perd automatiquement son emploi en cas de non-réélection de son député »[59].

Penelope Fillon, conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes

Toujours selon Le Canard enchaîné, Penelope Fillon aurait été rémunérée comme « conseiller littéraire » de la Revue des deux Mondes de à à près de 5 000 euros mensuels en brut (environ 100 000 euros en tout). Le directeur de la revue à l'époque des faits, Michel Crépu[60], indique qu'elle n'a rédigé que deux ou trois notes de lecture pour la rédaction[61] et précise ne pas avoir été informé de la création de ce poste[62].

Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la revue et directeur de la publication, est un proche de François Fillon[63]. Sous la direction de Michel Crépu, « la revue voyait son chiffre d’affaires baisser chaque année »[60]. Marc Ladreit de Lacharrière affirme qu'il a confié à Penelope Fillon une mission de « réflexion stratégique informelle » à laquelle Michel Crépu n'a pas été associé[60]. Selon le Guardian, les enquêteurs cherchent à savoir s'il y aurait des liens entre ce recrutement et le soutien de François Fillon à l'accession au rang de Grand Croix de la Légion d'honneur de Marc Ladreit de Lacharrière en 2010[64]. Celui-ci se dit choqué et rappelle que seul le président de la République peut élever à cette distinction ; cependant, le décret l'élevant à cette dignité indique qu'il est pris sur le rapport du Premier ministre, à l'époque François Fillon[65].

Concernant la Revue des deux Mondes, Penelope Fillon indique au JDD avoir remis aux enquêteurs dix notes de lecture et la preuve du travail d'analyse de ces ouvrages, n'avoir reçu de Michel Crépu aucun retour sur ces notes dont seulement deux ont été publiées et, interprétant « ce silence comme une certain hostilité à (s)on égard », avoir démissionné. Elle déclare aussi « J'ai eu des discussions régulières au début, moins régulières ensuite, avec Marc Ladreit de Lacharrière, car il voulait changer la politique éditoriale de la Revue. Il pensait qu'avec mon background anglo-saxon, je pourrais l'aider »[30],[31].

Deux enfants du couple Fillon employés comme assistants parlementaires

Selon Le Canard enchaîné, Marie Fillon et Charles Fillon, deux des cinq enfants du couple, auraient perçu 84 000 euros brut, pour des emplois d'assistants parlementaires quand François Fillon était sénateur, entre 2005 et 2007[10],[66]. Contrairement à ce que François Fillon avait affirmé sur TF1 le 26 janvier, il n'a pu rémunérer « deux de [ses] enfants qui étaient avocats », ces derniers n'ayant pas encore prêté le serment des avocats à l'époque de son passage au sénat[67].

Selon Le Canard enchaîné du 8 février 2017, Marie Fillon suivait un stage d’avocate alors qu’elle était l’assistante parlementaire de son père. Marie Fillon est entrée à l’école de formation du barreau (EFB) de Paris en janvier 2006 et a commencé « en parallèle un stage d’avocate payé 11 035 euros brut par an ». Depuis le 1er octobre 2005, la jeune femme de 23 ans était également assistante parlementaire de son père à temps plein[55],[35]. Ce cumul d'emplois est jugé impossible à réaliser par des anciens camarades de Marie Fillon à l'EFB : « On ne voit pas comment elle a pu cumuler le tout. »[55] François Fillon a lui-même expliqué lundi 6 février dans un entretien télévisé que ses enfants Charles et Marie ont respectivement préparé des bases documentaires pour son projet politique et pour l'écriture d'un livre, mais d'après le journal ces tâches ne correspondent pas au travail d'un assistant parlementaire[55].

Le , le journal Le Parisien rapporte que les deux enfants ont reversé à François Fillon sur le compte joint du couple une partie de leur salaire d'assistants parlementaires. D'après les avocats de la famille, les virements de Marie Fillon seraient des remboursements pour son mariage et ceux de Charles Fillon seraient pour rembourser les loyers et l’argent de poche payés par ses parents[68],[69]. La défense présentée dans Le Parisien, par l'avocat de Marie Fillon, tient en deux arguments principaux : Marie Fillon a reversé une partie de ses revenus tirés de son emploi d'assistante parlementaire afin de rembourser à ses parents son mariage[68], notamment après que ces derniers ont assumé financièrement toutes ses études. Une démarche fondée, selon l'avocat, sur la volonté de Marie Fillon ne pas bénéficier d'un traitement de faveur par rapport à ses frères[68]. François Fillon a retrouvé et mis à disposition de la justice quatorze factures (chapiteau, sono, robe de mariée, traiteur, limonadier) pour un total de 44 000 euros[68].

Prêt non déclaré de 50 000 

D’après le Canard enchaîné daté du 8 mars, François Fillon a perçu, en 2013, de la part de l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière, un prêt sans intérêts de 50 000  sans que ce dernier ne soit mentionné dans la déclaration datée du 16 décembre 2016 transmise à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. C’est l'oubli, signalé par François Fillon aux enquêteurs le 30 janvier 2017, de déclarer ce prêt qui serait visé par la justice pour manquement aux obligations déclaratives. Ce prêt pourrait aussi nourrir les soupçons de trafic d’influence qui entourent les conditions d’attribution du grade de grand-croix de la Légion d’honneur à Marc Ladreit de Lacharrière, sur rapport de François Fillon[70].

Selon Le Canard enchaîné daté du , l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière a reçu le un chèque de remboursement de 50 000  de François Fillon. Le journal laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'un don maquillé en prêt après le déclenchement de l'affaire Penelope Fillon afin de limiter les dégâts judiciaires et politiques. Aucune trace écrite, aucun versement d'intérêts, aucune date limite de remboursement n'auraient encadré cette opération financière[71],[72].

Dans sa déclaration en tant que candidat à l'élection présidentielle auprès de la HATVP, François Fillon déclare qu'un prêt entre particuliers de 50 000 euros avait pour objet des travaux, qu'il a été souscrit le et qu'il a été remboursé in fine le , soit la veille de la publication sur son site de sa déclaration d'intérêts à la fin de mandat de député[73].

Affaire des costumes

Le Journal du dimanche révèle le 12 mars que François Fillon se serait fait offrir depuis 2012 des costumes, pulls, pantalons et blazers sur mesure pour une valeur totale de 48 500 euros[74], dont 35 500 en liquide[75] (montant, contesté par les soutiens de François Fillon, excédant le seuil légal autorisé[76]) et 13 000 payés par chèque de la banque italienne Monte Paschi[77]. Ils auraient été offerts par un ou des amis anonymes, après avoir été achetés à la boutique de luxe Arnys, située rue de Sèvres, dans le 7e arrondissement de Paris. Robert Bourgi est identifié comme la personne ayant offert pour 13 000  de costumes[76],[78]. Une visite des enquêteurs, suivie d'une perquisition ont eu lieu dans le magasin. Selon les informateurs du Monde, les enquêteurs ont trouvé des documents prouvant que Robert Bourgi a commandé les deux costumes sur mesure le 7 décembre 2016, 9 jours après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, puis les a payés le 20 février 2017[76].

L'enquête s'étend le avec un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d'influence »[79]. Les enquêteurs cherchent à savoir si ces cadeaux ont été faits à titre privé ou s’ils sont en lien avec le mandat de député de Paris de François Fillon, ce qui constituerait alors un délit[80],[81]. Le , François Fillon affirme avoir rendu les costumes[82]. Le , Robert Bourgi confirme et, évoquant François Mitterrand et Pierre Moscovici, il ajoute que « d'autres hommes politiques ont reçu des cadeaux du même ordre, et même dans la même maison de couture »[83]. Il dément l'existence de toute contrepartie[84].

Le 14 avril, Robert Bourgi révèle lors d'une interview à Mediapart que François Fillon et Anne Méaux, responsable de la communication du candidat, l'ont tous deux appelé afin de l'inciter à ne pas révéler qu'il était le donateur des costumes, la Françafrique qu'on associe à Robert Bourgi ayant mauvaise image. Il aurait donc « été contraint pendant une semaine de mentir »[85]. Le jour même, Libération affirme que François Fillon aurait rendu d'autres costumes, produits aux Pays-Bas, à la place de ceux de Bourgi[86]. Le , François Fillon affirme que « c’est juste la police qui ne sait pas faire son travail. On fait croire que je n’aurais pas rendu les bons costumes parce qu’on a trouvé une étiquette "Holland" dans la poche. Mais ce n’est pas la provenance du costume, c’est l’étiquette du fabricant de tissu Holland & Sherry (en) ! Et la presse, informée de l’enquête en temps réel, gobe ce bobard sans sourciller ! Si nous n’étions pas à cinq jours de l’élection présidentielle, on pourrait en rire. Mais à ce niveau, c’est insupportable. »[87]. Le 21 avril, les enquêteurs confirment que l'ensemble blazer-pantalon de 2014 et les deux costumes rendus à Robert Bourgi proviennent bien de la maison Arnys. Un troisième costume, offert cette fois directement par la maison Arnys, a été conservé par Fillon[88],[89],[90].

Quelques mois après la fin de l'élection présidentielle, Robert Bourgi a déclaré à plusieurs reprises avoir tendu un piège à Fillon pour se venger du fait que celui-ci ignorait ses invitations depuis la fin de la primaire de la droite et du centre ainsi que des attaques de ce dernier contre Nicolas Sarkozy[91],[92]. Selon le magazine Vanity Fair, la cause de cette rancune serait dû à certaines discussions qui auraient blessé Robert Bourgi, notamment une parole de Bernard Debré à Patrick Stefanini suggérant de ne pas l'impliquer dans les affaires africaines en le qualifiant de « dangereux »[93],[94].

Affaire des montres

Le , France Info révèle que l'homme d'affaires de nationalité italienne et suisse Pablo Victor Dana déclare avoir, en 2009, offert de manière « totalement désintéressée » à François Fillon, qui était alors Premier ministre, une des montres mentionnées dans sa déclaration de patrimoine (objets d'une valeur minimale de 10 000 euros)[95]. En 2013, alors député, il s'est vu offrir une deuxième montre de valeur de la part du patron de Rebellion Racing dirigeant d'une équipe automobile d'endurance aux 24 Heures du Mans[96]. François Fillon déclare avoir en outre reçu d'Alain Thébault, inventeur de l'hydroptère, une montre de moins de 10 000 euros qu'il a donc pu ne pas déclarer[97]. L'Express remarque que Fillon avait signé, en 2007, une circulaire demandant à ses ministres de ne pas conserver les cadeaux qu'ils reçoivent dans l'exercice des fonctions gouvernementales[98].

Activités de la société 2F Conseil

Le , François Fillon dépose au tribunal de commerce de Paris les statuts de la société « 2F Conseil » proposant des services de conseil à « tout État et [...] tout organisme international, européen, national, étatique, régional, départemental, municipal ou local, français ou non [...] ». La société est créée, pour 1 000  d'apport en capital, onze jours avant son élection en tant que député de Paris, ce qui lui permet d'éviter l'interdiction faite aux députés de commencer une fonction de conseil pendant leur mandat[99]. Son unique actionnaire, employé et gérant est François Fillon[100],[101].

Bruno Retailleau, fidèle collaborateur de Fillon avait déclaré, fin janvier 2017, que la société 2F n’avait « aucun client russe »[102].

Saisi par des députés de gauche, le déontologue de l'Assemblée nationale Ferdinand Mélin-Soucramanien, nommé « sur proposition de M. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, à l’unanimité des membres du Bureau, et avec l’accord des présidents des groupes d’opposition »[103], affirme que la société de conseil de François Fillon ne pose aucun problème juridique, et précise que celui-ci « n'a pris aucune position, ni signé aucun amendement » lors du débat sur la transposition en droit national de la directive européenne relative aux activités d'assurance et qu'« il n'est intervenu, de façon générale, à aucun moment sur ces questions »[104].

Clients reconnus

  • Axa, alors présidé de mai 2000 au par Henri de Castries, soutien déclaré de M. Fillon. Axa a versé 200 000  à 2F Conseil entre 2012 et 2014. François Fillon a conseillé Axa sur les négociations de la directive européenne dite « Solvabilité 2 » relative à la nouvelle réglementation des assureurs en Europe. Il a également facilité les échanges pour Axa en Allemagne et à la commission européenne[105].
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Groupe Ricol Lasteyrie

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D'après Mediapart, François Fillon est depuis 2012 senior advisor et membre du comité stratégique du groupe Ricol Lasteyrie, qui conseille de nombreuses sociétés du CAC 40 et multinationales (Air France, Alstom, BPCE, EDF, Engie, Altran) et que préside René Ricol. Il n'a pas déclaré publiquement cette activité, qui lui a rapporté au moins 200 000  de 2012 à 2016. Les sommes sont perçues par la société 2F Conseil de François Fillon, initialement domiciliée dans les locaux du cabinet Ricol Lasteyrie, avenue Hoche, dans le 8e arrondissement de Paris.

Dans ce contexte, au vu d'éventuelles interrogations sur des conflits d'intérêts, il est utile de rappeler que : de 2010 à 2012, François Fillon premier ministre a eu sous sa responsabilité administrative René Ricol au titre de Commissaire général chargé de la gestion des fonds « investissements d'avenir » ou « grand emprunt »[110].

Conférences

De 2012 à 2016, François Fillon a donné 7 conférences rémunérées. 3 ont eu lieu en Russie (21 mars 2013, 19 septembre 2013, 19 juin 2015). 5 ont porté sur l'énergie et/ou les énergies fossiles, comme le pétrole. Le 6 février 2017, François Fillon n'a désigné que trois clients de 2F Conseil : Axa, Fimalac et la banque Oddo. Il a affirmé n'avoir travaillé avec "aucune entreprise russe, ni aucun organisme de ce pays". Il n'a pas évoqué Fouad Makhzoumi ou FPI comme un de ses clients[111].

Fouad Makhzoumi

Le 15 mars 2017, le site Mediapart indique qu'un contrat aurait été signé début 2016 entre 2F Conseil et Fouad Makhzoumi, homme d'affaires libanais à la tête du groupe Future Pipe Industries [112]. FPI, domicilié à Dubaï (Émirats arabes unis), est un leader mondial de la fourniture de pipelines) en fibre de verre et un fournisseur des grandes monarchies du Golfe, dont l'Arabie Saoudite[113].

Deux versements de 22 500 euros chacun ont été effectués, à l’été 2015 puis début 2016, sur le compte de la société 2F Conseil par le groupe FPI (Future Pipe Industries), en échange d’une mission de « mise en relation ».

Selon le Canard enchaîné du 22 mars 2017, la société 2F Conseil aurait signé contre 50 000 dollars une convention de sept pages rédigée en anglais afin de mettre en relation des influencers and policy makers in Russian, Algerian, Gabonese, Ivoirian and French companies (« hommes d'influence et responsables dans des entreprises russes, algériennes, gabonaises, ivoiriennes et françaises »). Ce contrat de lobbying d'une durée d'un an (du 10 juin 2015 au 10 juin 2016), était resté confidentiel jusqu’à ce que Mediapart en prouve l’existence, le 14 mars 2017. Conclu dans le secret de la société 2F Conseil et au titre de son activité de consultant, ce contrat n’a pas été déclaré par François Fillon au déontologue de l’Assemblée nationale. Les obligations déclaratives des députés sont en effet limitées aux éventuels cadeaux et voyages obtenus en lien avec leurs mandats d’élu.

François Fillon s'est rendu à Beyrouth en décembre 2014 sur invitation de Fouad Makhzoumi, afin de rencontrer des dirigeants politiques et religieux libanais[113].

François Fillon aurait également mis en relation Fouad Makhzoumi avec le PDG de Total Patrick Pouyanné et le président russe Vladimir Poutine. Selon l’hebdomadaire, une photo de cette rencontre existe, datée du et a été prise à Saint-Petersbourg lors du Forum économique international. François Fillon, bien que candidat à l’époque à la primaire de la droite et du centre, aurait ainsi aidé le milliardaire libanais grâce à son carnet d’adresses et organisé des rencontres avec le PDG français de la multinationale pétrolière et le président russe. Patrick Pouyanné, PDG de Total, a été le directeur de cabinet de François Fillon en 1995 au ministère des Technologies de l'Information et de La Poste[114].

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, déclare « en anglais, c'est ce que nous appelons fake news » et ajoute « en ce qui concerne les rencontres avec le président, elles sont organisées par le Protocole présidentiel et il est là aussi exclu qu'un intermédiaire joue un rôle ». Il affirme que la rencontre dans les couloirs du forum entre Vladimir Poutine et Fouad Makhzoumi était spontanée et informelle[115].

Autres dossiers

Travail des assistants parlementaires de François Fillon

Selon Buzzfeed, Fillon ferait travailler son assistante parlementaire Anne Faguer sur sa campagne présidentielle, ce qui est légalement proscrit pendant les heures de travail[116].

Le même site web met en doute la réalité de l'emploi occupé par Maël Renouard, assistant parlementaire de François Fillon de novembre 2013 à septembre 2015[117].

Inscription d'une église au titre des monuments historiques

François Fillon est accusé par l'hebdomadaire satirique lyonnais Les Potins d’Angèle d'avoir permis l'inscription au titre des monuments historiques de l’église Saint-Pierre de Lubilhac à Coux (Ardèche), propriété de son ami Marc Ladreit de Lacharrière. Ce classement est acté le 15 mai 2012, le jour même de la passation de pouvoir entre Sarkozy et Hollande, alors que les experts, en particulier l'ancien conservateur du musée gallo-romain de Lyon Jacques Lasfargues, s'y seraient formellement opposés et que la commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) avait rejeté une première demande, le 21 mars 2011. Moins d'un an plus tard, en février 2012, la CRPS rend un avis favorable, validé par la Drac le 3 mai suivant. L’entourage de François Fillon dément catégoriquement cette accusation et précise que le président du Conseil général de l'Ardèche, Pascal Terrasse, avait appuyé le dossier, ce que confirme cet élu socialiste[118].

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