Abderrahmane Farès

Abderrahmane Farès
Illustration.
Fonctions
Président de l'Exécutif provisoire algérien
(chef de l'État par intérim)

(2 mois et 22 jours)
PrédécesseurBenyoucef Benkhedda (président du Gouvernement provisoire de la République algérienne)
SuccesseurFerhat Abbas (président de l'Assemblée nationale constituante (ANC))
Président de l'Exécutif provisoire
(avant l'indépendance de l'Algérie)
[2]
Président de l'Assemblée algérienne[1]
[3]
PrédécesseurRaymond Laquière
Député à l'Assemblée constituante[1]
[1][1]
GouvernementQuatrième République
Groupe politiqueSFIO
Conseiller général
du département d'Alger[1]
Conseiller municipal d'Alger[1]
Biographie
Date de naissance[1]
Lieu de naissanceAkbou[1] (Algérie)
Date de décès (à 80 ans)[1]
Lieu de décèsZemmouri[1] (Algérie)
Nationalitéalgérienne
Professionnotaire[1]
ReligionIslam sunnite
RésidenceAlgérie

Abderrahmane Farès
Chefs de l'État algériens

Abderrahmane Farès (en arabe : عبدالرحمن فارس ; en kabyle : Σebderaḥman Fares), né le à Amalou près d'Akbou et mort le à Zemmouri, était un homme politique algérien. Il est membre de la première Assemblée nationale constituante française (Alger) en 1946, puis président de l'Assemblée algérienne en 1953. Figure modérée du nationalisme algérien, il signe le 26 septembre 1955 le Manifeste des 61.

Il se rallie en 1956 au FLN dont il devient le trésorier et sert d'intermédiaire entre les instances de la Révolution et le gouvernement français jusqu'à son arrestation en 1961 pour « atteinte à la sûreté de l'État ». Il devient d'avril à septembre 1962, en application des accords d'Évian, président de l'Exécutif provisoire, chargé de la gestion courante du pays et de la préparation du référendum d'autodétermination de l'Algérie devant décider de l'avenir du pays et mettre fin à la guerre en cours[4].

Biographie

Enfance et éducation

Abderrahmane Farès naît le [1],[5] à Amalou[5] près Akbou[1], dans l'actuelle wilaya de Béjaïa en Kabylie, région berbère au centre-nord de l'Algérie. Orphelin très jeune (son père meurt en 1917 pour la France durant la Première Guerre mondiale), il est recueilli chez son grand-père et, élève assidu, est envoyé pour être formé d'abord chez un oncle notaire à Akbou, puis chez un notaire réputé d'Alger[6]. Après ses études de droit, il devient tour à tour huissier à Sétif, assistant notaire à Sebdou, et s'installe enfin à Collo comme notaire en 1936, devenant le premier notaire public musulman en Algérie.

Engagements politiques

Abderrahmane Farès entre en politique à partir de 1945, fin de la Seconde Guerre mondiale, et devient conseiller municipal[1], puis conseiller général du département d'Alger[1] ainsi que membre de l'Assemblée financière de l'Algérie[1].

Proche des socialistes de la SFIO, il est candidat (Alger) aux 21 octobre 1945 à la première Assemblée nationale constituante de la Quatrième République (France)[1]. Il en devient membre le [1], en remplacement d'Abderlouahab Bachir qui a démissionné[1] la veille[7]. Il siège à la Commission de l'Intérieur, de l'Algérie et de l'Administration générale[1]. D'abord favorable à une « intégration dans le cadre français », il y défend l'établissement d'une égalité des droits entre français et français musulmans notamment par l'instauration du collège unique dans le régime électoral algérien[8].

Déçu par des refus successifs, il ne se représente pas aux 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale constituante[1] mais est élu du sud algérien à l'Assemblée algérienne[1], dont il devient président[1] le [3].

Lors de l'insurrection organisée du , début de la guerre d'Algérie, il croit encore au processus d'intégration mais marqué par les massacres du Constantinois en 1955, il prend ses distances avec Jacques Soustelle et sa politique d'assimilation, et se rapproche du Front de libération nationale (FLN). Il s'installe en 1956 à Paris en France, et avec la Fédération de France du FLN il est chargé de collecter des fonds pour le mouvement indépendantiste et lui apporte notamment des aides juridiques[9].

En 1958, de Gaulle lui expose son plan pour mettre fin aux hostilités posant comme préalable le dépôt des armes, et lui propose en même temps un poste ministériel ; mais il décline l'offre après avoir consulté Ferhat Abbas en Suisse[10].

Le , à Paris, Abderrahmane Farès et deux de ses collaborateurs — François Baudrillart et Jean-Marie Licuti — sont arrêtés par les autorités françaises[11] ; Abderrahmane Farès est emprisonné à Fresnes[9] sous l'inculpation « d'atteinte à la sûreté de l'État ».

Accords d'Évian et présidence

Abderrahmane Farès est libéré de Fresnes le [12], lendemain de la signature des accords d'Évian. Il se rend à Rabat[12]. La , il rejoint l'Algérie[12] et prononce, dans un discours télévisée devenu célèbre[6], un appel à la paix et au rejet de la violence, notamment destiné aux « européens » d'Algérie.

Nommé président de l'Exécutif provisoire algérien le [2], il entre en fonctions le [12], jour de la proclamation des résultats du 8. Avec les autres membres de l'Exécutif provisoire, installé à Rocher Noir (auj. Boumerdès)[12], il gère les affaires courantes tout en organisant le référendum officialisant l'indépendance de l'Algérie. En , il demande une avance de 45 milliards de francs pour le budget de l'Algérie[13] puis refuse de signer trois des neufs protocoles d'accord négociés pour l'application des accords d'Évian[13].

Le , dès la proclamation des résultats du référendum d'autodétermination du [14], la France reconnaît solennellement l'indépendance de l'Algérie[15] et le président français de Gaulle transfère les pouvoirs à l'Exécutif provisoire[16]. Abderrahmane Farès décide alors de transmettre ses pouvoirs à Benyoucef Benkhedda, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), mais ce dernier, en conflit avec le bureau politique du FLN de Ben Bella, se voit obligé d'en refuser la charge[17].

Durant son mandat, responsable du maintien de l’ordre, des contacts avec l'Organisation armée secrète (OAS) sont notamment entrepris pour négocier un accord mettant fin à leurs opérations meurtrières[18]. Après la victoire du bureau politique du FLN et le retrait du GPRA à son profit, la première Assemblée nationale constituante (ANC) algérienne est formée. Il transmet ses pouvoirs à l'assemblée constituante le 25 septembre 1962 et au gouvernement Ben Bella le 15 octobre 1962[19].

Retrait de la vie politique

En désaccord avec la politique autoritaire de Ben Bella qu'il dénonce, Abderrahmane Farès est arrêté en juillet 1964. Il est libéré un an plus tard à l'arrivée de Houari Boumedienne au pouvoir, et se retire de la vie politique. Il écrit et publie en 1982, ses « Mémoires politiques (1945-1965) » dans La cruelle vérité[20], autobiographie dans laquelle il évoque notamment la période de transition de mars-juillet 1962 et les modalités des négociations de l'indépendance, notamment avec l'OAS.

Abderrahmane Farès meurt le à Zemmouri[1] (wilaya de Boumerdès).

Vie privée

Abderrahmane Farès est le père de l'écrivain Nabile Farès[21].