Élisabeth Báthory

Élisabeth Báthory
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait supposé d’Élisabeth Báthory. Il ne s’agit pas d’un portrait original mais d’une copie presque contemporaine de l’original, celui-ci ayant disparu [1].

Naissance
Nyírbátor
Décès (à 54 ans)
Čachtice (aujourd'hui en Slovaquie)
Nationalité Flag of Hungary (1867-1918).svg Hongroise
Ascendants
György Báthory de Ecsed (son père)
Anna Báthory de Somlyó (sa mère)
Conjoint
Descendants
Anna (1585)
Katalin (1594)
Pál (1593/1597)
Famille

Élisabeth Báthory (Báthory Erzsébet en hongrois, Alžbeta Bátoriová-Nádasdiová en slovaque), est une comtesse hongroise de la famille des Báthory, née le [2] et morte le . La légende a fait d'elle l'une des plus célèbres meurtrières de l’histoire hongroise et slovaque. Elle est souvent évoquée sous le sobriquet de « dame sanglante de Csejte ( Čachtice) », du nom du château près de Trenčín (dans la Hongrie royale, aujourd’hui une partie de la Slovaquie), où elle vécut la plus grande partie de sa vie.

Après la mort de son mari, elle et quatre complices supposés sont accusés de torture et du meurtre de filles et de jeunes femmes, dont le nombre reste incertain. Les chefs d'accusation sont cependant parfois discutés par les historiens, du fait qu'il n'existe aucune preuve en dehors de témoignages obtenus sous la torture. Son origine noble lui évite un procès et l'exécution. En 1610, elle est emprisonnée dans le château de Čachtice, où elle restera jusqu'à sa mort.

Le cas de Báthory a inspiré de nombreuses histoires et légendes, selon lesquelles elle se serait baignée dans le sang de ses victimes pour garder sa jeunesse — ce qui lui vaudra, entre autres, les surnoms de « Comtesse sanglante » ou de « Comtesse Dracula » —. Si ces légendes sont largement écartées par les historiens modernes, elles persistent malgré tout dans les croyances populaires.

Biographie

Jeunesse et origines

Ecsed, le lac et le vieux château.

Élisabeth Báthory naît dans une propriété familiale à Nyírbátor, en Hongrie, le . Elle passe son enfance au château d' Ecsed.

Son père est György Báthory, un membre de la branche Ecsed de la famille Báthory, favorable aux Habsbourg. C'est l'un des frères d' André Báthory, gouverneur de Transylvanie de 1552 à 1553 pour le compte des Habsbourg. Par sa mère Anna, issue de la branche Somlyó de la famille Báthory, elle est la nièce d' Étienne Báthory, prince de Transylvanie, qui deviendra roi de Pologne.

Mariage

Dès l'âge de onze ans, Élisabeth est promise en mariage à Ferenc Nádasdy [3] et confiée à sa future belle-mère, Orsolya Nádasdy, née Kanizsay de Kanizsa, laquelle la prépare à son devoir d'épouse et de mère.

Elle emménage au château de Sárvár. Là, elle aurait eu une aventure avec un paysan et aurait accouché d'une fille, morte à la naissance. En 1575, à l’âge de quinze ans, elle se marie avec Nádasdy, à Vranov nad Topľou [3].

Les ruines du château de Čachtice.

Ferenc lui offre comme cadeau de mariage le château de Čachtice, situé dans les Carpates, près de Trenčín, entouré d’un village et de champs. Nádasdy l'a acheté à l’empereur Rodolphe Rodolphe II du Saint Empire, ce qui en fait une propriété de la famille.

En 1578, Nádasdy devient commandant en chef des troupes hongroises, qu’il mène durant la guerre contre l' Empire ottoman [4]. C'est, comme la plupart de ses homologues du temps, un homme courageux et cruel. Pendant les absences de son mari, Élisabeth Báthory gère leurs affaires [5].

Pendant les dix premières années de leur mariage, Élisabeth n'a pas d'enfant. En 1585, une fille, Anna, naît. Une autre fille, Orsolya, et un fils, Andrei, suivent, mais tous les deux meurent en bas âge. Élisabeth donnera encore naissance à Katarina et à Pál, ce dernier étant né en 1598.

Durant la «  Longue Guerre » contre les Ottomans ( 1593- 1606), elle est chargée de la défense des propriétés de son mari [6]. La menace est sérieuse : le village de Čachtice a été pillé par les Turcs en 1599 [7], et Sárvár, situé près de la frontière qui sépare la Hongrie royale et la Hongrie ottomane, est en plus grand danger encore.

Élisabeth est une femme cultivée, sachant lire et écrire en magyar, allemand, slovaque, roumain, grec et latin [6]. D’après les lettres qu’elle a laissées, on connaît plusieurs cas où elle intervient en faveur de nécessiteux, notamment une femme dont le mari avait été capturé par les Turcs, ainsi qu'une autre dont la fille avait été violée et mise enceinte [5].

Son mari meurt en 1604, à l’âge de quarante-sept ans. Son décès pourrait être lié à une blessure reçue au combat mais, selon d’autres sources, il aurait été assassiné par une prostituée, ou bien par le général Giorgio Basta, un condottiere italien au service des Habsbourg, combattant contre les Báthory en Transylvanie.

Arrestation

Enquête

Entre 1602 et 1604, le pasteur luthérien István Magyari vient dénoncer publiquement à la cour de Vienne des atrocités qui, selon la rumeur, auraient été commises par Élisabeth Báthory [8].

Les autorités mettent un certain temps avant de répondre aux plaintes de Magyari. Finalement, en 1610, l'empereur Matthias Matthias Ier du Saint-Empire charge György Thurzó, palatin de Hongrie [9], de l'enquête. En mars 1610, Thurzó demande à deux notaires de rassembler des preuves [10].

Avant même d’avoir obtenu des résultats [11], Thurzó commence à négocier avec le fils d’Élisabeth et ses deux beaux-fils. Un procès et une exécution auraient causé un scandale public et jeté la disgrâce sur une famille noble et influente ; la fortune d’Élisabeth – considérable – aurait été saisie par la couronne. Thurzó se résout à assigner la comtesse à résidence [12].

Accusations

On dénombre plus de 300 témoignages collectés en 1610 et 1611. Les rapports du procès comprennent les témoignages des quatre accusés, ainsi que ceux de treize autres témoins, notamment le « castellan » [13], et le reste du personnel du château de Sárvár.

Ses premières victimes seraient de jeunes paysannes de la région, attirées à Čachtice par des offres de travail bien payées pour être servantes au château. Plus tard, elle aurait commencé à tuer des filles de la petite noblesse, envoyées chez elle par leurs parents pour y apprendre l’étiquette. Des rapts semblent aussi avoir été pratiqués.

Les descriptions de tortures mises en évidence durant le procès sont souvent basées sur l'ouï-dire. Parmi les atrocités décrites on cite notamment :

  • de longs passages à tabac, entraînant souvent la mort ;
  • des brûlures et autres mutilations des mains, parfois aussi sur le visage et les parties génitales ;
  • des morsures atteignant des parties de peau du visage, des bras et du corps ;
  • une exposition au froid entraînant la mort ;
  • une mise à mort par dénutrition.

L’utilisation d’aiguilles sera aussi mentionnée au procès par les collaborateurs. Certains témoins mentionnent des proches qui seraient morts au château. D’autres rapportent des traces de torture sur des cadavres ; certains étaient enterrés au cimetière, d’autres dans des lieux divers.

Selon les déclarations des accusés, Élisabeth Báthory aurait torturé et tué ses victimes non seulement à Čachtice, mais également dans ses propriétés à Bécko, Sárvár, Deutschkreutz, Bratislava, Vienne et même sur le chemin entre ces différents lieux.

En plus des accusés, plusieurs personnes sont mentionnées comme ayant fourni des jeunes filles à Élisabeth Báthory. Le nom d'Anna Darvulia est ainsi cité : c'était sans doute une femme des environs, dont la rumeur dit qu’elle aurait joué un rôle important dans le déclenchement des agissements sadiques d'Élisabeth Báthory. Elle serait cependant morte avant cette dernière.

Le nombre total de jeunes filles torturées et tuées par Báthory selon l'accusation reste inconnu, bien qu’on en mentionne une centaine entre les années 1585 et 1610. Les estimations diffèrent grandement. Szentes et Fickó en rapportent respectivement 36 et 37 au cours de leur période de service. Les accusés estiment le nombre à une cinquantaine ou plus. Le personnel du château de Sárvár évalue le nombre de corps retirés du château à 100, peut-être même 200. Un témoin au tribunal évoquera un carnet, dans lequel un total de 650 victimes aurait été consigné par Báthory elle-même. Ce carnet n’a été mentionné nulle part ailleurs et n’a jamais été découvert ; cependant, ce nombre fait partie de la légende entourant Báthory.

Tous ces chefs d'accusation sont pris avec prudence par les historiens [14] car, comme le souligne la BBC, « la nature du procès rend toutes les preuves fournies suspectes, car elles ont été extirpées sous la torture ou des menaces de torture » [15]. Point que souligne également l'historien Miklós Molnàr, spécialiste de la Hongrie [14] qui n'exclut pas que toute cette affaire ait été un coup monté pour faire main basse sur la fortune d'Erzsébet Báthory et mettre fin à son pouvoir, les témoins ayant inventé ou exagéré des faits dans le seul but de mettre fin à leur supplice. Par ailleurs, Molnar souligne aussi que la comtesse n'a pas eu la possibilité de se défendre contre ces accusations [14], et il conclut ainsi : « Il est possible qu'elle ait commis ces crimes, rien n'est exclu, mais rien n'est prouvé [14]. »

Certaines légendes populaires véhiculent également l'idée selon laquelle la comtesse se serait baignée dans le sang de ses victimes pensant que cela lui permettrait de conserver sa jeunesse. Mais comme le notent des historiens comme Radu Florescu, Raymond Mcnally [16] et Molnàr [14], « cette accusation est absente des procès-verbaux et des correspondances » et n'est soutenue par aucune preuve, ni aucun témoin [17]. Les essayistes Elizabeth Miller [18] et Michel Meurger soulignent la crédulité de certains universitaires exégètes de Dracula face aux inventions romanesques de l'ouvrage de l'écrivaine surréaliste Valentine Penrose, Erzsébeth Bathory : la comtesse sanglante (Paris, Mercure de France, 1962), « biographie frelatée et véritable roman noir [qui] accumule les motifs gothiques : bains de sang, machines à assassiner [dont une fictive vierge de fer] [19], tortures raffinées. L'histoire, prise en otage, devient le simple décor d'une mise en scène des fantaisies sadiennes de Valentine Penrose [20]. » Ainsi, le professeur angliciste Jean Marigny continue-t-il d'évoquer les « bains de sang » censément pris par Élisabeth Báthory [21] bien que « l'assertion n'appara[isse] qu'au XVIIIe siècle, peut-être en relation avec la vogue du vampirisme », précise Michel Meurger, regrettant que les chercheurs français recourent trop souvent à Penrose plutôt qu'aux études historiques sérieuses d'universitaires hongrois ou allemands [20].

En 1984, l'historien hongrois László Nagy  (hu) avança une théorie selon laquelle Élisabeth Báthory n'aurait pas commis ces crimes et aurait été victime d’une conspiration [22]. Cette théorie a été cependant rejetée par György Pollák en 1986 [23]. Néanmoins, en 1997, le Mourre, dictionnaire encyclopédique d'histoire, mentionne la thèse de László Nagy et la considère comme possible :

« Il est possible que les horrifiques chefs d'accusations aient été inventés par certains membres de la famille pour soustraire Erzsébet à l'accusation suprême de haute trahison, car elle voulait contribuer avec ses gens d'armes et avec sa fortune personnelle à la lutte de son cousin Gabriel Báthory, prince de Transylvanie, contre les Habsbourg. Pour dissimuler l'action politique de la comtesse et pour éviter ainsi que la famille ne fût compromise, son mari a préféré qu'elle fût accusée de crimes de droit commun [24]. »

Procès

Thurzó se rend à Čachtice le 29 septembre 1610, et fait arrêter Élisabeth Báthory, ainsi que quatre de ses serviteurs, accusés d’être ses complices. On dit que les hommes de Thurzó auraient trouvé le corps d’une fille morte et celui d'une mourante. Une autre femme est trouvée blessée, d’autres enfermées [25].

Tandis que la comtesse est assignée à résidence – et elle le restera jusqu'à sa mort –, ses complices sont poursuivis. Un procès, préparé à la hâte, se tient le à Bytča, présidé par le juge de la Cour royale suprême, Theodosious Syrmiensis de Szuló, et vingt juges associés. Élisabeth elle-même ne comparaît pas au procès.

Les accusés au procès sont :

  • Dorottya Szentes, désignée aussi sous le nom de Dorkó,
  • Ilona Jó,
  • Katalin Benická,
  • Le nain János Újváry, Ibis ou Ficzkó.

Dorkó, Ilona et Ficzkó sont reconnus coupables et exécutés. Dorkó et Ilona ont les doigts arrachés, avant d’être jetées au feu, tandis que Ficzkó, dont la culpabilité est jugée moindre en raison de son jeune âge, est décapité avant d’être jeté aux flammes. Un échafaud public est érigé près du château pour montrer que justice a été rendue. Katalin Benická est condamnée à une sentence de prison à vie, car elle a agi uniquement sous la contrainte et l’intimidation des autres, comme en attestent les témoignages.

Dernières années et mort

Élisabeth, jamais poursuivie au tribunal, reste assignée à résidence dans une seule pièce de son château et ce, jusqu’à sa mort.

Le roi Matthias Matthias Ier du Saint-Empire incite Thurzó à la traîner en justice. Deux notaires sont envoyés pour collecter de nouveaux témoignages [26]. Cependant, les lettres échangées entre l’Empereur et le Palatin, entre 1611 et 1613, laissent penser que Thurzó n’était pas enclin à attaquer la comtesse.

Le , Élisabeth Báthory meurt dans son château. Elle est enterrée à l’église de Čachtice [27].

Elle avait rédigé un testament quelque temps auparavant, léguant deux de ses châteaux à sa fille Katharina, mais Pal étant l'unique héritier mâle, c'est à lui que reviendront tous les biens d'Élisabeth.

Other Languages
azərbaycanca: Yelizaveta Batori
беларуская: Эржэбет Батары
български: Ержебет Батори
Bahasa Indonesia: Elizabeth Báthory
Nederlands: Elisabeth Báthory
português: Isabel Bathory
srpskohrvatski / српскохрватски: Elizabeta Báthory
Simple English: Elizabeth Báthory
slovenščina: Elizabeth Erzsébet
српски / srpski: Ержебет Батори
українська: Елізабет Баторі
Tiếng Việt: Báthory Erzsébet