Économie de don

L'économie du don est le support profond de l'échange entre les individus, fonde les bases de toute activité sociale, et contribue à la production de norme sociale.

Pour les anthropologues, notamment pour Marcel Mauss dans son « Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques » (1923-1924), le don repose sur la triple obligation de « donner, recevoir, et rendre ». Le don fonctionne grâce au pouvoir quasi spirituel qui est propre à l'objet donné, unilatéralement offert dans le cadre d'une relation. Sans la croyance en cette force par les donataires, le don n'existe pas ou ne peut-être perçu comme tel par ceux qui le reçoivent.

Pour les économistes comme François Perroux, l'échange peut consister en [1] :

  • « don pour donner » : je donne sans contrepartie exigée ou attendue explicitement par le donateur
  • « pseudo-don » : je donne pour gagner ultérieurement, dans le cadre d'une offre supposant une obligation de contrepartie, immédiate ou différée, sous forme de dette ou de prestation

Don et sociétés traditionnelles

Marcel Mauss voit dans le don une modalité particulière de circulation des richesses [2]. L'étude faite du potlatch (pratiqué par les Indiens du Canada et du nord des États-Unis) illustre cette conception. La pratique du don peut coexister dans ces sociétés avec d'autres formes d'échanges, réalisés sous forme de troc ou même avec échange monétaire.

Cette forme d'échange existe également dans de nombreuses autres parties du monde : dans le cadre de relations sociales où se produisent des « dons » auxquels peuvent répondre des « contre-dons », se joue non seulement la problématique du pouvoir entre individus mais aussi celle du statut social dans la tribu et entre tribus. La recherche de ce statut pouvant conduire éventuellement à la mobilisation et à une destruction importantes de biens économiques. Et ce, à la différence des économies dites modernes, où il s'agit d'accumuler d'une façon dite « plus rationnelle » biens et capital, à des fins plus diversifiées comme la thésaurisation et a fortiori d' investissement.

Cette différence de perspective peut expliquer pour une part pourquoi, par exemple, dès les premières rencontres entre Européens et tribus indiennes, s'est jouée une incompréhension entre cultures, qui a pu conduire à la guerre et même à la disparition des Indiens. Ainsi, la mort de James Cook aux îles Hawaï pourrait s'expliquer par cette méconnaissance : ayant tout donné lors de leur première rencontre avec les Anglais, les indigènes, qui ne veulent pas « perdre la face » vont massacrer James Cook à son retour quelques semaines plus tard.

Ces conceptions sont aujourd'hui prolongées par le MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) (et la revue du MAUSS [3] dirigée par Alain Caillé, à qui l'on prête parfois la volonté de promouvoir une économie du don).