École pratique des hautes études

École pratique des hautes études
École pratique des hautes études
Informations
Fondation Décret du
Type Grand établissement ( EPSCP)
Localisation
Coordonnées 48° 49′ 52″ nord, 2° 20′ 24″ est
Ville Paris, Bordeaux, Lyon, Grenoble, Dijon, Montpellier, Dinard et Moorea
Pays France
Campus Multi-sites
Direction
Président Hubert Bost
Doyen Sylvie Demignot (SVT)
Michel Hochmann (SHP)
François de Polignac (SR)
Chiffres clés
Enseignants-chercheurs 260 (2015)
Chercheurs 51 laboratoires, UMR CNRS, Inserm, Inra, Muséum national d'histoire naturelle
Étudiants 2 100 (2015)
Divers
Affiliation Paris Sciences et Lettres
Site web www.ephe.fr

L'École pratique des hautes études (EPHE) est un grand établissement français d' enseignement supérieur spécialisé dans les Sciences de la vie et de la terre (SVT), les Sciences historiques, philologiques (SHP) et les Sciences religieuses (SR). Son statut de grand établissement (comme Dauphine, Sciences Po, l' EHESS, etc.) lui permet de procéder à un recrutement sélectif de ses étudiants. La mission statutaire de l'EPHE est, dans les champs scientifiques qu'elle couvre, « le développement de la recherche et la formation par la pratique de la recherche » [1]. Elle a rejoint Paris Sciences et Lettres fin 2014 [2].

L'EPHE entretient des partenariats pour ses étudiants avec de grandes institutions (84 au total) comme Princeton University, l' Université de Cambridge, Al Azhar ou encore l' Université de Pékin.

Fondée en 1868, l'EPHE est aujourd'hui composée de trois sections (Sciences de la vie et de la terre, Sciences historiques et philologiques, Sciences religieuses) et de trois instituts nationaux ( Institut européen en sciences des religions (IESR), Institut des récifs coralliens du Pacifique, Institut transdisciplinaire d’étude du vieillissement).

L'ancienne VIe section (Sciences économiques et sociales), dirigée par Fernand Braudel, est devenue en 1975 un établissement indépendant, l' École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

L'EPHE, qui relève du ministère chargé de l'Enseignement supérieur, est un établissement « hors-murs », dont les activités sont hébergées dans différentes universités, instituts et centres de recherche, principalement à Paris, mais aussi dans d'autres villes (Montpellier, Bordeaux, Marseille, Lyon, Grenoble, Dijon, Dinard et Moorea).

Histoire de l'EPHE

Les motifs de la création

En 1864, Ernest Renan publie un article dans la Revue des deux Mondes [3] où il oppose les universités allemandes qui suscitent « le mouvement intellectuel le plus riche, le plus flexible, le plus varié » à l'enseignement supérieur français qui, à l'image de l'enseignement du philosophe Victor Cousin, « est moins celui de la science moderne que celui des rhéteurs du IVe ou du Ve siècle » : Renan déplore ainsi que le niveau de l'enseignement philosophique et scientifique français soit rendu médiocre par l'accent porté sur la rhétorique au détriment de la recherche scientifique et de l'érudition [4].

Victor Duruy (1811-1894), ministre de l'Instruction publique de Napoléon III depuis juin 1863 [4], est sensible aux arguments de Renan ainsi qu'aux idées pédagogiques d' Hippolyte Taine [5]. Soucieux en outre de la position des universités françaises par rapport à leurs homologues allemandes [5], il commande à son administration une enquête comparée sur les établissements supérieurs en France, en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas et évidemment en Allemagne. Cette Statistique de l'enseignement supérieur, publiée en 1868, liste une importante série de carences et de dysfonctionnements divers, parmi lesquels l'insuffisance de tous les moyens de travail, le trop petit nombre de chaires, le délabrement des bâtiments, l'isolement du corps enseignant, la médiocrité des bibliothèques, l'impécuniosité des chercheurs [4]. De plus, les professeurs les plus renommés de la Sorbonne, de l' École Normale ou du Collège de France doivent se contenter de faire un cours magistral faisant une synthèse des connaissances acquises sur le thème de la chaire qu'ils occupent.

La création de l'EPHE doit beaucoup à des universitaires comme Renan, Boutmy, Lavisse, Berthelot et Pasteur qui combattaient alors pour une réforme de l'enseignement supérieur [6].

Les statuts d'origine

« Victor Duruy décide de renouveler l'enseignement universitaire français, non pas de l'intérieur », car il sait qu'il va rencontrer une opposition invincible, « mais plutôt en ajoutant une création périphérique à la vieille Université », comme on l'avait fait depuis des siècles avec par exemple la création du Collège de France. Pour sa création, Victor Duruy ne cachait pas son ambition, il aurait alors annoncé : « l'École Pratique des Hautes Études est un germe que j'ai déposé dans les murs lézardés de la Vieille Sorbonne ; en se développant il les fera crouler ». De fait, il s'agit de promouvoir des enseignements et des manières d'enseigner que l'Université ignore, en s'inspirant des séminaires à l'allemande. L'EPHE doit être une institution d'érudition et de recherche, chargée d'initier par l'exemple des étudiants à des pratiques (d'où son nom).

L'École Pratique appuie sur le rapport « pratique » à la recherche, dés son origine elle se consacre à la production et à la transmission de connaissances, en proposant à ses étudiants les séminaires de personnalités issues du monde académique (docteurs et agrégés) et des scientifiques qui travaillent en laboratoire (dans les sciences dures ou dans les sciences humaines et sociales). Les "directeurs d'études" sont en effet soit des universitaires soit des professionnels de la recherche dans des instituts privés et publics. Ce type de recrutement (universitaires / professionnels reconnus dans le champ étudié) qui fait aujourd'hui l'originalité des écoles de commerce et des écoles d'ingénieurs est très ancien pour l'EPHE [7].

L'École Pratique des Hautes Études est créée par un décret daté du dont l'article 1er dispose : « Il est fondé à Paris, auprès des établissements scientifiques qui relèvent du Ministère de l'Instruction publique, une École pratique des hautes études ayant pour but de placer, à côté de l'enseignement théorique, les exercices qui peuvent le fortifier et l'étendre. »

L'initiative est conçue comme une entité administrative chargée de dispenser les fonds favorisant la recherche pure et la formation [5]. En 1888, l'EPHE dispose par exemple de 329 600 francs provenant du Ministère pour la formation et la recherche avancée, auxquels s'ajoute une subvention de 36 000 francs de la Ville de Paris pour les bourses d'études [8].

Il s'agit de permettre à des savants qui n'ont pas un cursus académique classique avec une thèse d'État [9] de donner des enseignements supérieurs de haut niveau, d'autre part de développer la dimension pratique ou applicable des savoirs universitaires, ainsi que des nouvelles branches de ces savoirs.

Pour permettre de recruter des nouveaux professeurs formant un corps distinct de celui des professeurs d'Université, le titre de docteur d'État n'est pas exigé si l'on recrute des professionnels du champ scientifique étudié (dans la pratique beaucoup sont les enseignants qui ont des doctorats et travaillent comme professionnels dans des instituts de recherche appliquée) ; les enseignants n' ont pas tous le titre de « Professeur » mais de « Directeur d'Étude » [5].

Comme au Collège de France l'intitulé des chaires varie avec l'évolution de la recherche. Ceci permet à l'EPHE de rester à la pointe de la recherche pratique. à chaque nouveau recrutement à partir du thème proposé par le candidat élu. Les cours qui changent régulièrement suivant l'avancée même des travaux des directeurs d'étude sont annoncés aux étudiants par une grande affiche [7].

Les débuts

L'EPHE comptait initialement (1868) quatre sections :

C'est depuis cette époque que la discipline histoire a en France pour particularité d'être considérée comme une science pratique, et actuellement rangée parmi les sciences sociales [7].

Une cinquième section, sans numéro, est bientôt ajoutée (1869) [10], pour les

  • Sciences économiques et administratives, celle qui doit traiter de la réflexion sur les affaires publiques et sur les instruments de leurs gestions. Elle n'aura pas d'avenir à cause de la guerre, de la chute du Second Empire, et c'est l' École libre des sciences politiques, créée en 1873, qui en reprendra le programme [7].
Le Muséum national d'histoire naturelle accueille dès l'origine des laboratoires de l'EPHE...
...ainsi que la Sorbonne.

Comme elle est dépourvue de locaux spécifiques, un programme d'agrandissement de la Sorbonne, du Muséum et de la Faculté de médecine de Paris est lancé afin de donner de l'espace aux nouveaux laboratoires.

À l'ouverture, 400 personnes postulent pour les cours libres et 264 sont admis (37 en Ire section, 75 en IIe, 94 en IIIe et 68 en IVe).

L'école propose à ses débuts 42 cours puis, dès 1872, 60, dont 15 en province. En 1872, on compte 20 laboratoires de recherche à Paris et 8 en province, 36 « laboratoires d'enseignement » [11] à Paris et 5 en province.

Évolution

En 1886, l'EPHE est dotée d'une nouvelle section : Sciences religieuses (Ve section).

En 1947, la section « Sciences économiques et administratives » est recrée avec comme intitulé « Sciences économiques et sociales (VIe section) » [12], sous la direction de l'historien Fernand Braudel.

Cette section prend par la suite de l'autonomie et finit en 1975 par devenir un grand établissement indépendant, l' École des hautes études en sciences sociales.

En 1986, les Ire et IIe sections sont supprimées et rattachées soit aux universités, soit au CNRS [13].